suite et fin


Le téléphone sonne, "allo, j'aimerais vous parler, c'est M6, nous serions intéressés d'entendre votre histoire et d'en faire un reportage.
Surprise, j'accepte. Aussitôt dit, aussitôt fait, un journaliste, un caméraman, un ingénieur du son se rendent à mon appartement au mois de mars. Charles, le journaliste, est très courtois et me posent des tas de questions puis il m'indique comment je dois faire pour le reportage. Pascal, le caméraman, quant à lui filme tout ce qui se passe. Tout semble être un jeu, mais parfois je ne peux retenir mes émotions quand les questions touchent des points sensibles de mon être.
Nous décidons de partir pour le Vietnam, rencontrer toute la famille réunie pour la première fois. C'est pas facile d'être naturelle quand on se sent filmé mais au bout d'un moment, j'oublie et je décide de profiter au maximum de ses moments un peu magiques.
Sr Anne Thérèse Lan a tout organisé pour que le reportage se passe dans les meilleurs conditions. Grâce à elle, nous avons une interprète et une excellente organisatrice .

A CulaoGien, nous nous installons. Peu de temps après, mon père, impatient de me revoir, est venu. Je le revois maintenant avec d'autres yeux, je suis émue, j'ai peur de craqué...Il me dévisage et est surpris de voir la caméra, finalement il se reconcentre sur notre rencontre. Il me demande comment je vais et exprime sa joie de me revoir.

Il ne sait pas lire et écrit très difficilement. Il s'excuse d'être ainsi, pauvre, de m'avoir abandonnée. Qu'importe ce qu'il est ! Je lui pardonne et je suis fière de'être sa fille.
2 avril 2005. Je prends le chemin de la maison familiale, je ne sais pas ce qui m'attend. Heureusement que soeur Anne Thérèse Lan, est là pour traduire ...

Enfin j'arrive, je me dirige vers ma maison natale, nous sommes tous nés ici. Ils sont tous là, les voisins curieux aussi, un vrai raz-de-marée de femmes, d'hommes, d'enfants... Tous me touchent, me dévisagent, me serrent dans les bras, on me présente mes soeurs, mon frère, mes nièces, mes neveux, mes oncles, ma grande tante, mes tantes, je ne sais plus où donner de la tête, je suis un peu abasourdie par le brouhaha, par ce mélange d'émotions de curiosité, de pleurs, de marque d'affection propre aux vietnamiens. Je suis comme anesthésiée, amusée, frustrée de ne comprendre un piètre mot, mais heureuse de me savoir aussi bien accueillie. J'ai l'impression d'être comme une princesse...sous le regard fier de mon père.

Je découvre autour de moi au delà des rires, des bavardages, des attouchements fébriles, un lieu bien délabré, pauvre qui manque bien du nécessaire. Je me rends compte que j'aurai pu également vivre leurs conditions de vie, quelle aurait été alors ma destinée ? A quoi bon se poser cette question... Ce qui compte pour l'instant, c'est de se sentir de nouveau "complète".