Vys reto
Sr Sylvie est partie doucement, légèrement dans un long sommeil le 27 octobre 2007.
J'ai eu à coeur de lui rendre hommage pour révéler une partie de sa vie si discrète. Elle restait humble et n'aimait pas parler d'elle, considérant en premier lieu les enfants et leur souffrance.
Elle fait partie d'une grande fatrie et elle a eu très jeune la vocation de devenir soeur et elle choisit de se joindre à la communauté des soeurs de la Providence, pour consacrer sa vie au service des enfants victimes de la misère et de la guerre, pour leur apporter de l'affection, l'éducation, l'instruction, le couvert et un abri.

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sr Marie-Marthe - sr Sylvie en1972
sr Sylvie en 2005

Pendant la guerre, elle a recueilli beaucoup d'orphelins, bébés, enfants en bas âge, pour les faire adopter au plus vite car elle avait peur des bombes et des soldats (voir la lettre qu'elle a envoyé à ma mère). Beaucoup d'entre nous sont partis de part le monde, aux Etats-Unis, en Belgique, au Canada, en France grâce à l'association de Terre des Hommes et à Rosemary Taylor, australienne d’origine. Elle gardait avec les familles adoptantes une correspondance écrite régulière.
Elle souhaitait que "ses enfants aient un foyer pour vivre, s'épanouir comme tant d'autres enfants" (fin de citation, courrier du 28 août 1974). Jusqu'en 2001, elle a fait partir tant d'enfants avec l'espoir qu'ils seraient heureux ! Ils pourraient ainsi étudier. Certains sont revenus la voir, la remercier, des parents sont revenus avec leurs enfants pour leur montrer leur ancien orhelinat, d'autres pour se réinstaller au Vietnam. (Si il y en a qui se reconnaissent, j'aimerais entendre leur témoignage )

Moi-même, je suis revenue en 1994 la voir. J'ai une histoire particulère avec elle car je suis restée assez longtemps pour qu'elle puisse se rappeler de mon passage chez elle. Je venais régulièrement pour une retraite spirituelle, et la sentir proche de moi car à cette époque, j'avais besoin de sa présence. Jusqu'en 2006, je l'ai revue et j'ai souvent discuté avec elle, elle aimait vraiment parler, blaguer, raconter des anecdotes.
D'un fort tempérament, je sentais en elle une personnalité bien affirmée, les affres de la misère et de la guerre l'avaient renforcée dans cette détermination de se battre.
Elle semblait au premier abord, un peu distante, froide, difficile à contacter ses sentiments profonds, mais au fur à mesure de notre relation, elle se livrait. Elle était très sensible, très proche humainement, elle souhaitait que les jeunes puissent accéder à la connaissance pour sortir de la misère et de l'ignorance. Ils pourraient ainsi choisir leur vie plutôt que de la subir et lutter difficilement pour s'en sortir. Après la guerre, elle n'a plus eu le droit de porter l'habit et elle a du travaillé en tant qu'enseignante pour l'Etat. Elle a connu la prison. Elle me racontait qu'elle avait vécu la promiscuité, la faim, le manque de médicaments, elle a relevé plus d'une fois le moral de ses codétenues...
Elle est devenue malade en février 2002 et est allée à Saïgon pour se faire soigner du cancer du sein. Elle a subi de nombreuses séances de chimiothérapie et de radiothérapie. C'était très dur pour elle, sa fatigue augmentait de jour en jour. Elle ne mangeait presque plus rien. Plusieurs fois, je suis revenue au Vietnam parce que j'avais peur qu'elle me quitte sans me dire aurevoir et malheureusement c' est arrivé...
Malgré cette terrible épreuve, elle gardait un bon moral, elle me disait que la maladie la faisait réfléchir , l'amenait à reconsidérer la vie sous un autre angle : "sans cette maladie, je n'aurais pa eu le temps de méditer ".Elle abordait la mort sereinement , elle savait qu'elle allait retrouver Jésus, qu'elle avait servi pendant toute sa vie.
Quand j'ai appris son décès, j'ai senti en moi une étrange sensation de vide, une grande tristesse, un pan de mon passé venait de partir car elle représentait une partie de mon enfance.



Voici mon message que je t'adresse ma chère soeur en Christ

" ce n'est qu'un aurevoir, dors, repose-toi maintenan, jusqu'à nous puissions nous embrasser de nouveau, un grand merci pour ton passage sur la terre, que je puisse à mon tour, transmettre le flambeau de l'Amour,

je t'aime , tata Sylvie"