- Vys reto
- Un rêve étrange m'a poursuivie longtemps : « je me promenais en compagnie d’infirmières vietnamiennes dans un couloir d’un hôpital, je voyais les paillasses, j'avais l'impression de flotter... » tout à coup, je me suis réveillée. J'ai sursauté, qu'est-ce-que je faisais dans ce lit dans ces draps si blancs ? Je me suis mise à pleurer...Dans le lit d’à côté, mon petit frère Emmanuel dormait à poing fermé. Nous venions d’être tous les deux adoptés
- Je m’appelle Sabine-Hoa, je viens de l'orphelinat de Soctrang (anciennement Khanh-Hung dans la province de Ba-Xuyen), à 400km de Saïgon. J'y ai vécu à peu près deux ans avant d'être adoptée. La directrice, sr Sylvie, faisait partie de la congrégation des "soeurs de la Providence", elle recueillait les orphelins victimes de la guerre, de la misère. Elle aspirait à ce que tous ces enfants trouvent un nouveau foyer bien plus sécurisé, bien plus chaleureux que cet orphelinat qui pouvait à tout moment exploser sous les bombes ou être attaqué...C'est pourquoi, elle ne se ménageait pas pour les faire adopter malgré les risques qu'elle encourait, elle ne se décourageait jamais. La vie était difficile pour les soeurs, elles devaient nourrir tous ces petits. De temps en temps, des américains nous rendaient visite et apportaient du lait en poudre et des tas de bonbons.
Un jour, elle est venue me chercher dans l'orphelinat de CulaoGien situé sur une île du Delta du Mékong. J'avais 18 mois, je ne parlais pas, je ne souriais pas. Elle ne savait pas ce que j'avais. C'est alors que soeur Marie-Marthe, sa collaboratrice lui a proposé que j'aille à l'hôpital pour rencontrer un autre environnement. Grâce à l'affection et à l'attention des infirmières, je me suis ouverte et je suis sortie de mon mutisme. A l'étonnement général, je me suis mise à parler et à jouer avec les autres enfants.
- Je pouvais donc me faire adopter sans problème. J'allais m'appeler Sabine et j'allais vivre auprès d'une maman française avec un petit frère.
- Les formalités d'adoption ont duré six mois. Grâce à Rosemary Taylor, australienne d’origine, représentante de Terre des hommes (organisation qui a aidé à de nombreuses adoptions), a facilité les démarches administratives.
Avant de partir, Soeur Marie-Marthe m'a donné un joli prénom, Huynh-Hoa « fleur qui s’épanouit à minuit ». J'étais un peu sa chouchoute...
- Le départ fut annoncé le 12 juin 1972. Nous avons décollé, mon frère et moi en hélicoptère pour Saïgon. Nous avons pris le vol 193 Y sur Air France, le 15 juin. J’emmenais dans un petit sac, des photos de notre séjour dans ce petit orphelinat, une lettre de soeur Sylvie, deux tuniques vietnamiennes offertes en souvenir et sûrement beaucoup de larmes de tristesse et d’espérance de toutes ces soeurs qui m'ont offert une partie d'elles-même.
- Nous sommes arrivés à l’aéroport d’Orly, un jour de pluie. Une nouvelle maman et une grand-mère nous y attendaient avec impatience.
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